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7 Conseils pour plonger votre lecteur dans une bulle émotionnelle.

Au contact d’un récit de fiction, le public se plonge dans un univers parallèle. Il ne fait plus attention à ce qui l’entoure, il perd la notion du temps et de l’espace. Il se positionne dans une bulle émotionnelle, magnifique, mais incroyablement fragile. Cette bulle est facile à créer. À partir du moment où le lecteur vient à la rencontre de votre nouvelle, il vous accorde son intérêt, et dès que votre intrigue démarre (voir lancement de l’intrigue), il sera au coté de votre personnage. La vraie difficulté est de préserver cette bulle jusqu’au bout du récit. Voici 7 conseils dans ce sens :

I Décomposez votre structure avant de passer à la rédaction.

À l’origine d’une histoire, il y a une idée, qui peut concerner une situation, un personnage, un évènement, un décor, une époque… De ce point de départ affluent d’autres idées qu’il faut accueillir, trier, développer, jusqu’au moment où émerge un fil conducteur. À ce moment, vous commencez à sentir votre histoire, mais avant de vous lancer dans la rédaction, je vous encourage à passer par une étape supplémentaire :

Déterminez la fin de l’histoire, et une fois que ce dénouement vous paraitra clair, reprenez votre structure depuis le début. Rédigez alors une phrase pour chacune de vos scènes, ou plutôt chacune des actions qui font progresser l’intrigue. Cela vous permettra de coucher sur papier le squelette de votre histoire. Cette méthode comporte deux intérêts :

  • Vous aurez une vue d’ensemble de votre histoire avant de commencer la rédaction. C’est comme regarder une carte routière (ou plutôt programmer son G.P.S.) avant de partir à la mer. Cela vous permet de savoir ou vous allez et quel chemin vous emprunterez. Ainsi, vous éviterez de vous égarer, vous et vos passagers (vos lecteurs).
  • En réduisant votre histoire à ses composantes essentielles, vous allez pouvoir désigner les éléments qui sont inutiles et ceux qui sont incohérents. Il faut éliminer les premiers et corriger les seconds.

II Racontez une histoire compréhensible.

Les questions que se pose votre lecteur doivent porter exclusivement sur ce qui va se passer, et non sur ce qui s’est déjà passé (du point de vue de la narration, pas de la chronologie des évènements). Par là, j’entends que les interrogations doivent porter sur les informations que vous n’avez pas encore divulguées.

Tout ce que vous racontez doit êtrecompris par le lecteur. Une intrigue est un jeu de construction, une accumulation de données qui se superposent les unes aux autres. Soyez donc attentif à être suffisamment explicite sur les éléments cruciaux (évènements, rebondissements, personnages, objectifs…) de votre histoire. Votre récit est comme une chaine. Sa solidité est celle de son maillon le plus fragile.

III Soyez honnête avec votre lecteur

Une nouvelle, c’est un cadeau. C’est un moment agréable, une émotion, une réflexion que vous offrez à votre lecteur. Une nouvelle, c’est aussi une surprise. Une part de votre travail est de trouver un moyen de surprendre le lecteur. Pour cela, vous allez devoir déterminer les informations que vous donnez, celles que vous cachez ainsi que le moment où chaque information doit être dévoilée.

Pour respecter la confiance que votre lecteur vous a accordée, vous devez faire la différence entre cacher la vérité et créer des fausses pistes d’une part, et mentir de l’autre. Les mensonges, surtout les petits, sont parfois tentants pour camoufler un rebondissement éventé, et puis on se dit que ce n’est pas grand chose, que le lecteur ne s’en rendra pas compte et que la chute sera plus efficace. C’est faux. Le lecteur finit toujours par se rendre compte de la plus petite malhonnêteté, et s’il en trouve, votre histoire n’aura plus d’intérêt à ses yeux. La nuance se situe dans les détails, souvent dans la formulation. J’approfondirai ce point dans une prochaine série de billets consacrée aux différents mécanismes utilisés pour écrire la fin d’une nouvelle, car il est fondamental de rester honnête vis à vis de son lecteur.

IV Soyez rigoureux et exigeant concernant les fautes d’orthographe, de grammaire et de syntaxe.

Les gens n’ont pas tous le même rapport avec les fautes de français. Certains ne les voient pas, d’autres s’en moquent, d’autres encore, ne s’en fichent pas (notamment les professionnels de l’édition, les organisateurs de concours littéraires et la plupart des grands lecteurs). Une simple faute peut attirer l’attention du lecteur, le perturber et le sortir de l’histoire. Les trois secondes qu’il a passé à se dire « tiens, ça, ça s’écrit pas comme ça ! » suffisent pour que ses yeux (et son esprit) quittent votre texte. Certaines fautes sont pardonnables, d’ailleurs, lorsqu’un texte est édité par un professionnel, il est corrigé par un spécialiste. À l’inverse, il existe des fautes qui sont, dans un texte destiné à la publication, proprement inexcusables, comme par exemple confondre les infinitifs et les participes passés. Votre premier lecteur sera l’éditeur que vous solliciterez. C’est d’abord sa bulle que vous devez soigner.

V Demeurez accessible dans le choix de votre vocabulaire et la formulation de vos phrases.

Un mot inhabituel présente toujours le risque que votre lecteur ne le comprenne pas. Or c’est à lui que vous vous adressez. Ne tombez pas dans le travers qui consiste à tenter d’impressionner le lecteur par la richesse de votre vocabulaire. Il ne sera pas impressionné, il aura juste l’impression que votre texte ne lui était pas destiné. Cela ne vous empêche pas d’utiliser des mots inhabituels, parce qu’ils sont beaux ou parce qu’ils sont justes, mais restez parcimonieux et vigilant afin de ne pas perdre votre lecteur. De la même façon, si le public doit relire une phrase pour la comprendre en raison de sa longueur ou de sa syntaxe, splatch ! la bulle est crevée. L’idée, ici, n’est pas de vous tirer vers le bas ou de limiter votre prose. L’aspect esthétique d’un texte littéraire est bien évidemment essentiel, pour certains, il prévaut même sur l’intrigue. Vous devez juste vous poser cette question lors de la rédaction de votre texte : « Mes lecteurs vont-ils me comprendre ? » Gardez en tête qu’un style parfaitement maîtrisé reflète (presque) toujours une apparente simplicité :

« On raconte qu’autrefois ce village était gouverné par un jeune prêtre austère et violent. Il était sorti du séminaire plein de haine pour ceux qui vivent selon les lois naturelles et non suivant celles de son Dieu. D’une inflexible sévérité pour lui-même, il se montra pour les autres d’une implacable intolérance ; une chose surtout le soulevait de colère et de dégoût : l’amour. S’il eût vécu dans les villes, au milieu des civilisés et des raffinés qui dissimulent derrière les voiles délicats du sentiment et de la tendresse, les actes brutaux que la nature commande, s’il eût confessé dans l’ombre des grandes nefs élégantes les pécheresses parfumées dont les fautes semblent adoucies par la grâce de la chute et l’enveloppement d’idéal autour du baiser matériel, il n’aurait pas senti peut-être ces révoltes folles, ces fureurs désordonnées qu’il avait en face de l’accouplement malpropre des loqueteux dans la boue d’un fossé ou sur la paille d’une grange. »

Le saut du Berger – Maupassant

VI Faites attention à ce qu’on pourrait appeler les « fausses erreurs » et les « mauvaises corrections ».

La langue française fourmille de locutions qui sont employées sous une forme fautive de façon généralisée, et d’autres dont l’utilisation est controversée. Lorsque vous utilisez une telle expression, vous avez le choix entre commettre l’erreur passée dans le langage courant ou corriger cette expression. Si vous employez la locution sous sa forme fautive, vous risquez d’interpeller vos lecteurs les plus avertis. Vous passerez alors pour un ignare et un amateur. Si vous corrigez la locution, vous écrirez une phrase correcte, mais qui choquera peut-être une part de vos lecteurs les moins éduqués. La langue française, votre outil, est un code. Ce qui est fondamental dans un acte de communication, c’est que l’émetteur et le destinataire partagent le même code. N’oubliez pas la fragilité de la bulle ! L’objectif de l’auteur est que son lecteur soit tellement absorbé dans l’histoire qu’il en loupe sa station de métro ou qu’il oublie de sortir le gâteau du four. Si vous avez un doute, je vous encourage à reformuler votre phrase afin de contourner l’expression qui risque de desservir votre texte. J’ai répertorié ici quelques exemples, n’hésitez pas à venir enrichir ce catalogue d’erreurs à éviter!

VII Soyez patient et perfectionniste, relisez votre texte encore et encore.

Une nouvelle étant courte, elle offre l’avantage de se lire rapidement. Ça tombe bien, parce que le secret d’un bon texte, c’est la réécriture. Comme le disait Hemingway : « tout premier jet, c’est de la merde ». Il est à parier que vous trouverez, lors de votre 30ème relecture, une faute d’orthographe, une phrase mal formulée, un détail en trop. C’est votre perfectionnisme et votre exigence qui vous permettront de vous distinguer. Le véritable talent, c’est d’avoir la patience pour, encore, une lecture supplémentaire.

Bien sûr, lorsque l’on s’obstine, on finit par perdre le recul. Il est donc indispensable de laisser passer du temps avant de reprendre un texte, et aussi de diversifier ses projets. Ne mettez le point final à votre histoire que lorsque chaque lettre sera à sa place, lorsqu’aucun mot ne manquera et lorsque vous aurez lu le texte d’un trait sans que rien n’accroche le plus petit doute à votre esprit, lorsque la bulle sera solide.

CONCLUSION

Lorsque l’on raconte une histoire, Il faut oser, il faut aller au bout de ses idées et bannir la tiédeur. Vous êtes un artiste doublé d’un inventeur, votre ambition est de créer ce qui n’a jamais été fait. Mais tout est question de maîtrise. Vous vous sentez peut-être capable d’inventer une forme narrative complètement innovante et originale. Je vous souhaite de réussir un jour, mais vous devrez certainement écrire des dizaines d’histoires avant d’atteindre la dextérité requise. En tant que narrateur, votre premier souci est le rapport que le lecteur va entretenir avec votre histoire. Vous devez susciter son intérêt en permanence, mais surtout, vous devez vous faire comprendre. Le pire commentaire que l’on puisse formuler à l’encontre de votre récit, d’après moi, c’est : « je n’ai pas compris ! » Posez-vous toujours cette question : « pourquoi je fais ça ? » L’intuition est essentielle, elle souvent bonne, mais elle est insuffisante, il vous faut comprendre le fonctionnement de votre structure. Plus vous serez sensibilisé à la dramaturgie, aux codes narratifs et aux techniques d’écriture, plus vous pourrez canaliser votre imagination. Certains pensent que la technique est un frein à la créativité, moi je la considère comme un guide et j’espère que ce blog vous apportera quelques bases ainsi que des directions pour vos recherches.

Je vous encourage vivement à travailler votre style, à l’affiner, à l’affirmer, à l’adapter aux ambiances dont vous souhaiterez envelopper vos histoires. Sortez des chemins tracés, prenez des risques, explorez sans cesse. Un style qui sublime le récit rend un texte brillant. La langue française offre des possibilités infinies et magnifiques. Soyez exigeant quant à l’originalité de vos textes, à tous les niveaux, mais gardez à l’esprit que sans maîtrise, l’originalité ne vaut rien ! Maintenant que vous avez conscience de cette bulle émotionnelle et que vous savez comment la préserver, il ne vous reste plus qu’à la remplir !

L’anthologiste

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8 commentaires

  1. Ameziane a dit :

    Bonjour

    Moi par contre j écris d abord puis dessiner le squelette de l histoire. Je laisse l histoire se définir d elle-même. J y réfléchi quand même et les personnages m habitent presque. A chacun son tour je leur demande le comment, le qui, le quand, le quoi de leur histoire. Qu’est-ce que tu aimerait faire? Etc..

    A.

  2. DIAWARA a dit :

    J’ai écris quelques nouvelles et je souhaiterais écrire un roman.A ce sujet voici les questions que je me posent :
    1/ Nouvelle ou roman : est ce l’histoire ou la manière de traiter cette histoire qui fait la différence ?

    2/ Peut on avec des adjectifs comparer le profil du nouvelliste et du romancier : Imaginatif ou non-paresseux/actif-impatient/patient, etc.

    3/ Comment passer de la nouvelle au roman ?

    Merci pour vos réponses et vos conseils

    1. L'anthologiste a dit :

      Bonjour,

      La détermination « nouvelle » ou « roman » dépend en premier lieu de la taille du texte. La frontière entre la longue nouvelle et le court roman est ténue. Effectivement, on ne raconte pas les mêmes histoires en 10 pages et en 300. Je pense que c’est l’intrigue, en fonction des développements qu’elle nécessite, qui va imposer le format final du récit. S’il faut aller dans la profondeur, si les rebondissements se multiplient, s’il y a beaucoup de personnages, si vous développez des intrigues secondaires, vous vous dirigez naturellement vers le roman. Cela dépend aussi du rythme que vous souhaitez imprimer à votre histoire, de votre traitement, de ce que vous avez envie de faire. Tout est possible. Quand Stephen King menotte une fille sur un lit dans un chalet perdu en forêt, il arrive à monter 400 pages de suspens ! Je ne sais pas si c’est utile de se poser la question à l’avance, nouvelle ou roman, écrivez, et vos verrez bien à quoi ressemble votre texte à la fin.

      Le travail du nouvelliste est au final le même que celui du romancier : raconter des histoires. Certaines techniques sont différentes, mais cela nécessite les mêmes qualités, la même persévérance…

      Comment passer de la nouvelle au roman ? Évidemment, le travail d’auteur nécessite une phase de formation, d’apprentissage, et il est plus facile de s’entrainer sur des textes courts. En ce sens, la nouvelle comme exercice d’entrainement peut être une première étape avant l’écriture d’un roman. Pour autant, il ne faut pas se forcer à écrire des nouvelles pour apprendre à écrire des romans. Il est très important pour un auteur de faire confiance à son intuition, de suivre ses envies et son instinct. Écrivez ce que vous avez envie d’écrire. Si vous avez envie d’écrire un roman, lancez-vous ! Et si c’est mauvais, tant pis, vous aurez appris des choses en l’écrivant, en recevant des critiques, le suivant sera meilleur, et ainsi de suite !

  3. Syam a dit :

    Au conseil N°6, le lien pour accéder au répertoire ne fonctionne pas = Erreur 404 : page non trouvée. Dommage car je reste sur ma faim de savoir.
    Au plaisir de pouvoir y retourner.

    1. L'anthologiste a dit :

      Bonjour,

      Merci de m’avoir signalé ce lien cassé. C’est désormais réparé. Le lien renvoie à l’un des articles de la série « subtilités de la langue française ».

      Cordialement

  4. Crescens GBONGBONBO a dit :

    je voudrais écrire une nouvelle mais a chaque fois je n’arrive pas à finir l’histoire que je commence. aidez moi

    1. L'anthologiste a dit :

      Bonjour,

      je vous invite à lire les autres articles « conseils sur l’écriture, notamment la série de billets intitulée 5 techniques pour écrire une bonne fin. J’espère qu’ils vous aideront.
      Peut-être que pour une prochaine nouvelle, vous pouvez essayer de commencer par imaginer la fin, et construire l’histoire à partir de son dénouement.

      Cordialement

  5. misha a dit :

    Bonjour,

    merci pour ces conseils c’était tout se qui me manquait. (réf les autre articles aussi)

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