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5 techniques pour écrire une bonne fin : II La révélation

Deuxième partie de notre tour d’horizon des techniques les plus employées pour concevoir la fin d’une fiction. Le billet précédent était consacré à la découverte, celui-ci le sera à la révélation :

La révélation

Pour illustrer mon propos, j’ai pris comme exemples : L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono et Le gibier suprême (The ultimate prey) de Talmage Powell (parue dans le recueil Histoires à donner le frisson, certainement le meilleur volume de toute la collection Hitchcock). Je vous conseille de commencer par lire ces nouvelles, au moins la première que vous pouvez gratuitement trouver ici.

La révélation est une prise de conscience. Lors d’une révélation, le héros découvre un nouveau sens à sa vie, un moyen de mieux vivre, sa capacité à agir d’une façon qu’il n’aurait pas soupçonnée ou une vérité profonde relative à la façon de mieux se comporter avec les autres. Il s’agit d’une fin introspective et morale.

La révélation est la fin utilisée dans la plupart des histoires d’amour : Le héros comprend généralement qu’il a été égoïste et qu’il ne peut pas vivre sans l’être aimé. Il fait alors le choix de l’amour et entreprend une action qui exprime son changement personnel : il renonce à son poste de Directeur Général et court rejoindre la fille qu’il aime.

Exemple :

L’homme qui plantait des arbresde Jean Giono, est l’une des plus belles nouvelles qui m’aient été données de lire :

Le narrateur traverse une région montagneuse désolée. Il fait alors la rencontre d’un berger qui vit parfaitement isolé dans des conditions rudimentaires. Cet homme passe ses journées à planter des glands dans une terre sans vie. Le narrateur finit par partir, mais il revient régulièrement au cours des trente années qui suivent et constate l’évolution du paysage : les arbres poussent, les rivières se reforment, la vie et les hommes reviennent dans ce lieu longtemps inhabité.

La nouvelle se termine ainsi :

« Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu. (…) »

La révélation négative :

Dans certains cas, la révélation est négative. Le héros décline sur le plan éthique et entreprend une action immorale. Sa motivation est généralement liée au profit, à la vengeance ou à la survie. Le lecteur est surpris parce qu’il n’imaginait pas que le héros puisse entreprendre une action aussi mauvaise, et parfois déçu d’un tel comportement. Mais cette fin apporte le plus souvent une certaine satisfaction, du fait de l’ironie et de la « justice » qui en découlent.

Exemple :

Dans Le gibier suprême, de Talmage Powell, Roger est un marginal qui traverse une petite bourgade sur sa moto lorsqu’il est interpellé par un shérif, Lafarge, qui lui cherche des problèmes et finit par l’arrêter. Après quelques temps en prison et une évasion avortée, Roger est emmené par hélicoptère sur une île privée. Il rencontre trois jeunes hommes fortunés, les frères Quixote, qui lui montrent la partie sauvage de l’île et le somment de partir s’y réfugier. Roger comprend que le shérif est rémunéré par ces excentriques pour leur fournir la proie d’une chasse à l’homme ludique. Roger, estimant qu’il n’a aucune chance, refuse de jouer le jeu : il explique qu’il ne bougera pas et que, si ces messieurs veulent le tuer, ils n’ont qu’à le faire ici-même. Les millionnaires se tournent vers le shérif qui, dans ces conditions, ne sera pas payé. Lafarge s’en prend alors à Roger qui parvient à le désarmer et se rend maître de la situation. Roger décide alors 1) de ne pas affronter les trois riches, 2) d’obliger Lafarge à prendre sa place comme gibier et à s’enfuir dans la jungle 3) de carrément devenir le nouveau rabatteur des millionnaires, en échange de grosses sommes d’argent ! :

« Ainsi débuta mon association avec les Quixote. Je gagne maintenant vingt-cinq mille dollars par an, (…). Des filles… le gibier suprême. Les Quixote ont été emballés quand je leur ai soumis cette idée. J’ai assorti ma suggestion d’une proposition : devenir leur rabatteur, parcourir le pays à la recherche du gibier et le leur rapporter sur l’Ile. J’ai prouvé que j’étais absolument digne de confiance, et les Quixote respectent mon jugement. Pour résumer ma nouvelle vie, on pourrait dire, au fond, que je dois à LaFarge une motion de remerciement. »

L’action de Roger est à la fois liée à la survie, à la vengeance et au profit. C’est excellent.

Conclusion :

Une bonne révélation dépasse le cadre strictement fictionnel de la nouvelle et permet à l’auteur d’exprimer un point de vue moral sur le monde. Elle apporte donc une dimension supplémentaire au récit en proposant une réflexion au lecteur.

Cette fin est rare et difficile dans la nouvelle parce qu’elle réclame une profondeur dans le propos qui ne se prête pas vraiment au format court. Il est plus simple de rechercher l’intensité, la surprise et l’explosivité. Mais lorsque, comme dans L’homme qui plantait des arbres, la révélation est réussie, cela donne un texte qui marquera l’esprit de ceux qui le liront. Voici donc quelques points qui pourront vous aider dans votre travail d’écriture :

Commencez par définir le message que vous souhaitez faire passer.

La révélation est la conclusion d’une histoire qui traite d’un thème moral. Encore une fois, cette histoire n’aura d’intérêt que si l’auteur a un point de vue clair sur ce thème. N’envisagez une histoire qui se terminerait par une révélation que si vous avez quelque chose à dire sur un sujet précis. Commencez par définir le thème moral de votre histoire ainsi que le point de vue que vous portez dessus. Cela vous permettra de formuler le message que vous souhaitez délivrer à travers votre histoire et donc, la révélation de votre protagoniste. Si votre opinion n’est pas claire, l’histoire peut facilement tomber à plat.

L’homme qui plantait des arbres est une œuvre écologiste, ce texte est une réussite parce qu’il exprime les convictions de son auteur. Voici, pour vous en convaincre, un extrait d’un courrier que Giono a envoyé en réponse à une sollicitation du conservateur des Eaux et Forets, M. Valdeyron, en 1957 :

« Cher Monsieur, navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé. Le but était de faire aimer l’arbre ou plus exactement faire aimer à planter des arbres (ce qui est depuis toujours une de mes idées les plus chères). Or si j’en juge par le résultat, le but a été atteint par ce personnage imaginaire. (…). J’aimerais vous rencontrer, s’il vous est possible, pour parler précisément de l’utilisation pratique de ce texte. Je crois qu’il est temps qu’on fasse une « politique de l’arbre » bien que le mot politique semble bien mal adapté. »

La révélation est une technique incontournable si votre histoire aborde « les idées qui vous sont les plus chères ».

Évitez de faire apparaître cette morale directement dans votre texte.

Il est préférable de ne pas faire formuler la révélation par le héros ou un membre de votre réseau de personnages (y compris le narrateur). Imaginez comme la nouvelle de Giono serait devenue pauvre si le berger s’était tourné vers le narrateur et lui avait dit : « Et oui, petit, tu vois, les arbres sont une ressource naturelle indispensable à la vie, il est important de préserver nos forêts ». Votre travail créatif sera donc de trouver un moyen détourné pour faire comprendre votre argument sans le prononcer.

La stratégie de Giono a consisté à rendre admirable un personnage qui représente, de façon extrême, les valeurs morales défendues dans le texte.

Il est très important de trouver le bon ton et la bonne expression de cette morale. Si la fin s’avère trop subtile, elle risque de ne pas être comprise. Et si la fin est trop appuyée, le texte paraîtra moralisateur, ce qui est, le plus souvent, assez désagréable.

Exprimez plutôt cette révélation par un choix.

Un personnage se caractérise principalement par ses actions (je développerai ce sujet dans un prochain billet). C’est donc par les actions qu’il entreprend que l’on peut déterminer les valeurs morales d’un personnage et également ses changements de valeurs. Or, une action, ce n’est jamais rien d’autre que le résultat d’un choix : Ma carrière ou la femme que j’aime ?

Notez que le choix qu’un héros est amené à faire doit faire l’objet d’un véritable dilemme. Un choix entre l’argent et la prison, ou entre la vie et la mort ne fonctionne pas. Le choix porte entre deux désirs inconciliables (l’amour ou la réussite professionnelle) ou entre le moindre de deux maux, par exemple, arrêter celle qu’il aime ou bien laisser accuser un innocent.

Faites de cette révélation l’objet d’un apprentissage du protagoniste.

Pour mettre en relief cette opinion que vous souhaitez exprimer, il est important que votre personnage en fasse la découverte. Si votre personnage conserve les mêmes convictions du début à la fin, il devient un professeur qui donne une leçon. Il est préférable que la révélation repose sur une transformation profonde du personnage, une prise de conscience. Le choix final devrait être le choix que le protagoniste n’aurait pas fait au début, et c’est en montrant cette différence entrez les actions du début et celles de la fin que l’on peut exprimer pleinement une révélation. La difficulté se situe dans le fait que l’exposition du comportement initial, des phases d’apprentissage et de la transformation est moyennement compatible avec le format court.

Dans le cas de L’homme qui plantait des arbres dont, je vous l’avoue, je suis admiratif, l’auteur a utilisé une stratégie particulière : il n’y a ni état initial ni transformation, parce qu’il utilise un système de flashback. C’est une technique très efficace. Lorsque le narrateur-protagoniste entame son récit, il en connaît déjà la conclusion, et la révélation se trouve partiellement dans l’introduction. De plus, le héros est passif, il n’est pas soumis à l’obligation d’un choix (ça arrive !), il partage simplement avec nous la leçon qu’il a tirée de toute l’histoire. Comme quoi, avec de la maîtrise, tout est faisable !

En revanche, dans Le gibier suprême, le choix de Roger se situe entre l’argent et la justice : Abattre les criminels ou s’associer avec eux. La transformation de Roger est flagrante, au début, il est un marginal qui respecte la loi mais vit misérablement, à la fin, il devient un criminel qui gagne bien sa vie.

Ajoutez d’autres fins.

Vous pouvez traiter n’importe quel sujet d’ordre moral, mais la plupart du temps, une simple révélation risque de manquer d’ampleur et surtout de fun. Il est donc assez efficace d’envisager d’autres fins, d’enrichir l’intrigue de rebondissements supplémentaires, d’autres natures. Dans Le gibier suprême, à la révélation négative est ajouté un  « rebondissement moral », que nous verrons dans un prochain billet.

J’espère que cet article vous éclaircira un peu les idées ! La prochaine fois, nous étudierons le « dévoilement » !

L’anthologiste

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