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Employez le mot juste

De tous temps, des mots ont fini par échapper à leur sens originel. Les mots voyagent, se libèrent des règles strictes et se propagent dans la communauté qui les emploie, parés parfois de significations erronées. Lorsque la définition académique et la définition courante d’un mot ne coïncident pas, l’auteur prend le risque de paraître incompétent ou de ne pas être compris. Vous devez avoir connaissance des diverses significations de vos mots et faire vos choix en connaissance de cause. Voici donc quelques exemples classiques d’expressions dont le sens réel diffère du sens couramment entendu.

 

Alternative / Choix

Le mot alternative est souvent employé à tort pour désigner chacune des possibilités d’un choix :

« J’ai le choix entre ces deux alternatives, manger du poulet ou du porc » est une phrase incorrecte. Une alternative désigne une solution de remplacement, une deuxième possibilité. D’après le petit Robert, une alternative est un « Choix nécessaire entre deux propositions, deux attitudes dont l’une exclut l’autre »

Imaginons que j’aie le choix entre une aile de poulet et une côte de porc. J’ai deux possibilités. je n’ai donc qu’une alternative : la côte de porc est une alternative à l’aile de poulet.

Apporter / amener

On apporte quelque chose, et on amène quelqu’un. Si vous êtes invité à un barbecue, il conviendra d’apporter une salade et d’amener votre conjoint(e).

Baser / fonder

Baser signifie avoir pour base, et son sens premier est militaire. « Des troupes ou des avions peuvent être basés quelque part« , mais il convient d’éviter ce verbe dans toute autre circonstance. Vu sur le dictionnaire de l’Académie : « le verbe baser ne doit pas être employé au sens figuré. Il faut lui préférer fonder, établir ».

Cela / Ceci

Cela se rapporte à ce qui précède, ceci à ce qui suit.

« Ma chère, je vous trouve aimable mais demeurée, retenez bien cela. »

« Ma chère, je dois vous dire ceci : votre esprit gâche vos charmes. »

Lorsque l’on utilise cela et ceci dans une même phrase pour opposer deux éléments, cela désigne le plus éloigné des deux et ceci le plus proche : « Un pigeon se promène dans le jardin accompagné d’un paon. Si ceci est beau, cela est laid.« , « Il a survécu à un attentat quelques mois auparavant et il meurt aujourd’hui d’une crise cardiaque. Échapper à cela pour finalement périr comme ceci, quelle ironie. »

Centime ou Cent d’euro

Les usages sont différents selon les pays, mais en France, La monnaie est l’euro. Un euro est divisé en cent centimes. (article L111-1 du Code monétaire et financier). Le cent est américain, et dans un récit littéraire, comme tout mot d’origine étrangère, on l’écrit en italique pour éviter toute confusion.

De suite / Tout de suite

De suite signifie consécutif ou sans interruption : « Il a remporté le tournoi cinq années de suite. »

 Tout de suite signifie sans délai, immédiatement : « Je partirai tout de suite après la fin du film. »

 « Elle le somma de venir dîner et il se présenta de suite » est donc une phrase incorrecte.

Demain / lendemain

Demain s’utilise dans un discours direct, son équivalent au discours rapporté est le lendemain.

Au discours direct, le narrateur utilise son espace-temps comme références. Le jour où il raconte son histoire est donc, pour lui, aujourd’hui et le lieu où il se trouve est ici. Ces références sont ici et maintenant.

Au discours indirect, le narrateur partage les références spatio-temporelles de son lecteur. Aujourd’hui et ici sont donc le jour et l’endroit où le lecteur prend connaissance du récit. L’histoire se situe alors dans un espace et un temps relatifs au lecteur : ce jour-là, en ce lieu.

« L’homme, arguant  que le lendemain serait de même à ce jour ce que la veille avait été à ce jour-là, se leva et dit : « Demain est à aujourd’hui ce qu’aujourd’hui est à hier ».

 Au discours rapporté,

Aujourd’hui devient ce jour ou ce jour-là

Hier devient la veille

Le prochain devient le suivant

Ici devient là-bas ou en ce lieu… 

Deuxième / second

Selon la plupart des dictionnaires, dont le Petit Robert, un deuxième nécessite un troisième, alors qu’un second est le dernier des deux. « Je suis arrivé second de la course » est une façon élégante de dire qu’il n’y avait que deux participants et que je suis arrivé dernier.

« Tu ne te feras pas d’idole (…) » est le deuxième commandement d’une série de dix, qui constituent en fait la top-liste de 613 lois du code mosaïque…

 Par chance, l’expression « seconde guerre mondiale » est correcte. 

Pour autant, l’Académie n’approuve pas cette distinction et nous dit que les différences entre les deux mots est que second appartient à la langue soignée tandis que deuxième entre dans la composition des nombres ordinaux complexes (vingt-deuxième…)

Équitable / égal

L’égalité est, en premier lieu, la qualité de ce qui est égal, en nombre, en quantité, en dimension. Par extension, on emploie le terme égalité pour désigner l’absence de distinction dans le traitement des personnes. « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». L’égalité caractérise ce qui est égal en qualité : « la femme est l’égal de l’homme ».

 L’équité consiste à apporter à chacun ce qui lui est dû. Ce terme apporte une subtilité supplémentaire parce qu’il qualifie une égalité proportionnelle aux besoins ou aux mérites. Si un homme de 120 kilos doit partager un morceau de pain avec un enfant de deux ans, il ne faudra pas partager le pain en deux parts égales, mais en deux parts équitables : « Par bonne distribution, il faut entendre non distribution égale, mais distribution équitable » (Hugo).

Faire long feu / réussir durablement

Faire long feu signifie dans l’esprit des gens, réussir durablement. On dit par exemple de quelqu’un dont on pense qu’il ne parviendra pas à garder une fonction ou une responsabilité, qu’il « ne va pas faire long feu ». Or, faire long feu est une expression militaire qui date d’une époque où il fallait charger la poudre dans le canon du fusil avant de pouvoir tirer. Lorsque la poudre n’était pas bien tassée, elle perdait de son explosivité parce que la combustion se trouvait ralentie. Le projectile qui s’échappait de l’arme partait alors sans grande puissance et n’atteignait pas sa cible ou, du moins, ne la blessait pas comme on l’aurait souhaité. Faire long feu relève donc de l’échec.

Funeste / funèbre

Ce qui est funeste apporte la mort : une maladie, un accident…

Ce qui est funèbre se rapporte aux funérailles : une cérémonie, un service…

Funèbre peut également est utilisé comme synonyme de macabre pour qualifier ce qui est inspiré par la mort ou ce qui l’évoque : un chant…

Macabre / morbide

Macabre évoque la mort et son côté sinistre.

Morbide est en rapport avec la maladie et aux altérations préoccupantes de la santé. Un caractère morbide témoigne également d’une attirance malsaine pour les aspects inquiétants de la nature humaine.

Un cadavre enterré dans le jardin occasionnera une découverte macabre, planter un bâton dans le corps d’un animal mort est une activité morbide.

Prolongement et prolongation

Le prolongement est une augmentation de la longueur. Il concerne l’espace, et la prolongation est l’allongement d’une durée, en rapport donc avec le temps.

« Le prolongement de l’autoroute va nécessiter la prolongation du temps de travail des ouvriers. »

N’hésitez pas à compléter cette liste dans les commentaires!

L’anthologiste

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2 commentaires

  1. Nancy a dit :

    Bonjour, je viens de découvrir que l’orthographe admise pour cette expression est: « Sens dessus dessous ». Je suis un peu surprise, car j’ai personnellement toujours employé l’expression pour désigner quelque chose qui n’a ni haut ni bas, et je l’écrivais donc comme dans le roman de Jules Verne, « Sans dessus dessous ».
    Si l’expression doit être comprise pour une chose qui est à l’envers, je comprend cette orthographe, mais dans ce cas, ne faudrait il pas prononcer le « s » à la fin de sens?
    Merci d’avance

    1. L'anthologiste a dit :

      Bonjour,
      Merci pour votre commentaire.
      L’expression correcte est bien « sens dessus dessous ». Vous avez raison, il faut considérer l’expression comme un synonyme de « retourné »: quand le dessus – la face supérieure – se retrouve dessous.
      Certains considèrent « sans dessus dessous » comme une version ancienne. Je n’en suis pas certain, car cela ne signifie plus que la chose désignée est à l’envers, mais qu’elle n’a plus de sens, ce qui est sensiblement différent.
      C’est d’ailleurs le sens, à mon avis, du roman de Jules Verne. Dans l’histoire, les héros souhaitent changer l’axe de rotation de la Terre en fabriquant un canon géant qui, lors de son utilisation, par effet de recul, fera pivoter la planète de quelques degrés (le but étant de déplacer les océans pour pouvoir exploiter une mine qui se situe au fond de la mer. Tout simplement). Si leur plan réussit, ils perturberont le sens des choses, il n’y aura alors plus de dessus ni de dessous. À l’époque de Jules Verne, l’expression était « c’en dessus dessous » (ce qui est au dessus s’en retrouve au dessous). Peut-être s’agit-il d’un jeu de mots, ce qui est certain, c’est que l’expression « sans dessus dessous  » est le plus souvent considérée comme fautive (je pourrais l’ajouter à l’article sur les controverses linguistiques http://www.lanthologiste.fr/controverses-linguistiques/).
      Enfin, vous avez également raison, il faut prononcer le « s ».
      Cordialement

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