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Quelques controverses linguistiques à éviter

Le langage est vivant. Les règles et les usages changent. Certaines locutions deviennent si populaires et si courantes que leur usage apparaît dans les dictionnaires, sans pour autant être véritablement correct. On les trouve alors affublées de la mention usage critiqué. Parfois, l’Académie considère l’expression comme populaire et incorrecte. Dans d’autres cas, elle en tolère l’usage tout en le déconseillant. Lorsque de grands écrivains, tels Céline, Pagnol ou Giono, emploient ces expressions, on dit qu’ils rendent compte du langage parlé. Lorsqu’un auteur n’est pas reconnu, il prend le risque que son lecteur croie à une faute involontaire. Mon conseil est, en attendant la gloire et sauf militantisme linguistique ou figure de style, d’éviter ce genre de locution :

Boite aux lettres ou boite à lettres

La boîte aux lettres est la seule expression que l’on trouve dans le dictionnaire de l’Académie pour désigner à la fois les boîtes installées par l’administration des postes pour recevoir le courrier à acheminer et les boîtes où les destinataires recueillent les courriers qu’ils reçoivent.

L’expression boîte à lettres est plus récente et semble principalement désigner la boîte par laquelle un particulier ou une entreprise collecte le courrier qui lui est destiné. L’Académie ne semble pas vraiment condamner la boîte à lettres parce qu’elle est populaire, mais ne la reconnaît pas non plus.

Boîte aux lettres est plus rigoureux.

Conséquent comme synonyme de considérable

être conséquent signifie en premier lieu agir ou raisonner « avec esprit de suite ». Conséquent signifie également « qui est la suite logique de ». Le terme conséquent est souvent employé comme synonyme d’important : « une somme conséquente ». C’est une erreur : la somme n’est pas conséquente. Ce sont les achats qui sont conséquents à la somme gagnée.

Le Petit Robert accepte cet usage en prévenant qu’il est critiqué, mais le dictionnaire de l’Académie française le récuse. Les puristes préfèreront donc le terme considérable.

Malgré que pour bien que

L’Académie recommande d’éviter la locution malgré que dans le sens de bien que, malgré les nombreux exemples que l’on peut retrouver dans les classiques de la littérature française (Cocteau, France, Gide, Maupassant, Proust…). En revanche, malgré que suivi du verbe avoir conjugué au subjonctif s’emploie dans le cadre d’un langage soutenue : « Je regarderai le match de foot malgré que je n’en aie aucune envie ».

Par contre au lieu de en revanche

La controverse autour de la locution par contre a été lancée par Voltaire, qui en condamnait l’usage. Émile Littré s’est placé du côté de Voltaire contrairement à Maurice Grevisse. Ceux qui condamnent cette expression se considèrent au dessus de ceux qui l’emploient, ils sont « ceux qui savent », mais du côté de « ceux qui ne savent pas » se tiennent Antoine de Saint-Exupéry, André Malraux ou encore Guy de Maupassant. Si vous souhaitez ne choquer personne, suivez le conseil de l’Académie : « cette expression ne peut pas être considérée comme fautive, mais l’usage s’est établi de la déconseiller, chaque fois que l’emploi d’un autre adverbe est possible ».

 Partir à ou Partir pour

Les puristes de la grammaire donnent à partir le sens de s’éloigner (d’un endroit) et estiment donc que c’est la préposition pour qui convient : « partir (d’ici) pour Paris ». Dans un style littéraire, on préfèrera Partir pour à partir à, qui n’est pas stigmatisé dans le dictionnaire de l’Académie, mais qui reste néanmoins familier.

 Réaliser dans le sens fabriquer

Malgré ce qui peut circuler sur Internet, le terme réaliser peut être employé dans le sens de fabriquer. L’Académie autorise cet usage. Ceux qui prétendent que le verbe réaliser signifie faire quelque chose d’abstrait ou d’artistique  (réaliser un film, par exemple), et qu’on ne doit pas dire « réaliser un costume », par exemple, ont tort. Faites attention tout de même, car la question n’est pas de savoir qui a tort ou raison, mais bien de livrer un texte fluide et qui n’accrochera pas l’esprit de vos lecteurs (voir 7 conseils pour plonger votre lecteur dans une bulle émotionnelle).

Surtout que

Surtout que est une locution que l’on entend partout, mais qui est généralement condamnée par les grammairiens. L’Académie ne la qualifie pas de fautive, mais la considère familière. Pour ajouter un argument, on l’introduira de préférence par d’autant plus que, même si, sur le plan esthétique, cela ne vaut pas vraiment mieux…

Télévision 

La télévision est un procédé technique de transmission d’images. L’appareil qui permet de recevoir la télévision est un poste de télévision ou un téléviseur. C’est un peu vulgaire de nommer un téléviseur télévision.

Être allé et avoir été

Être, qui exprime principalement un état, « je suis heureux ! », peut être utilisé dans le sens de se trouver ou se tenir : « j’y suis, j’y reste ». Être, au passé simple, peut également prendre le sens d’aller, et donne une tournure littéraire à la phrase : « À peine le train stoppé, je fut sur le quai pour la rejoindre et couvrir ses lèvres d’un baiser. »

Être aux temps composés et suivi d’un complément de lieu est une forme familière qu’il vaudra mieux éviter en dehors des dialogues : « j’ai été à la boulangerie ».

Si vous avez d’autres cas, n’hésitez pas à les partager !

L’anthologiste

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2 commentaires

  1. Roland Indecy a dit :

    J’ai eu une prof de français qui pourchassait la construction : « basée sur », comme dans la phrase : « cette nouvelle est basée sur une histoire vraie ». Elle soutenait que le seul emploi correct du verbe baser était « basée à » et que « basée sur » n’était qu’un horrible anglicisme (‘based on’), auquel il convenait de préférer « fondé sur ». Je n’ai jamais vérifié la véracité de ses propos, mais je me suis tellement fait taper sur les doigts que je n’utilise plus « basé sur » depuis longtemps…

  2. L'anthologiste a dit :

    Bonjour Roland,
    J’ai évoqué ce verbe dans un autre article « employez le mot juste » :
    http://www.lanthologiste.fr/mot-juste/
    Mais vous avez raison, ce cas aurait pu être abordé dans ce billet: Si l’on souhaite être rigoureux, l’Académie française donne raison à votre professeur:

    BASER v. tr. XVe siècle, bassée, « fondée sur », en architecture ; rare avant le XVIIIe siècle. Dérivé de base.
    MILIT. Installer dans une ou plusieurs bases. Baser des troupes sur divers points du territoire. La flotte basée dans le Pacifique, les unités basées aux frontières orientales. Ce verbe ne doit pas être employé au sens figuré. Il faut lui préférer Fonder, établir.

    Pour autant, la définition du petit Robert est plus tolérante (ou laxiste selon le point de vue). Disons qu’elle est plus en rapport avec la réalité du langage parlé:

    baser [bɑze] verbe transitif (conjugaison 1)
    étym. 1787; « avoir pour fondations » 1401 ◊ de base
    Famille étymologique ⇨ base.
    I. Faire reposer sur (telle ou telle base). Baser un système sur des faits. ➙ appuyer, fonder. Cette prétention n’est basée sur rien. ➙ 1. reposer. Relation basée sur le respect.
    ▫ Se baser v. pron. S’appuyer, se fonder. Ce raisonnement se base sur… Sur quoi te bases-tu pour dire cela ?
    II. (de base militaire) Milit. Être basé quelque part, avoir pour base. Avions basés sur un porte-avions. Un sous-marin basé à Toulon.

    A mon humble avis, si quelqu’un venait à vous reprocher votre utilisation « triviale » du verbe baser lors d’une conversation, ce serait excessif, mais pour une nouvelle ou un roman, pensez que votre lecteur sera peut-être votre professeur ou quelqu’un qui partage son avis, et s’il n’est pas d’accord avec votre utilisation du verbe, la question ne sera pas de savoir qui a raison, vous aurez perdu votre pari de faire voyager votre lecteur dans votre histoire (voir http://www.lanthologiste.fr/bulle-emotionnelle/).

    Merci pour votre commentaire.

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